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[Le Curé de village | Honoré de Balzac]
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Swann




Sexe: Sexe: Féminin
Inscrit le: 19 Juin 2006
Messages: 2703


Posté: Dim 08 Mar 2026 10:57
MessageSujet du message: [Le Curé de village | Honoré de Balzac]
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Ce n’est évidemment pas sur un roman aussi éclaté dans les thèmes et les fils (comme si Balzac n’en avait pas eu une vue d’ensemble bien nette avant de commencer) qu’il a pu en tirer la gloire internationale que l’on sait. Est-ce à cause de ses différentes reprises du textes de 1837 à 1845 ? Le chapitre II aurait pu promettre un assez bon roman policier, mais à chaque chapitre, le sous-genre change un peu. Il y a de très beaux passages, notamment dans les descriptions de la nature, qui sont fort belles et souvent romantiques. Mais chaque nouveau lieu est toujours amené avec les effets de resserrement qu'on trouve dans la plupart de ses œuvres. Le fameux curé, archétype de ce que devrait être le prêtre, le "bon berger", n'est non seulement pas si central que l'affirme Balzac, par le titre puis régulièrement à grands coups de répliques laudatives, mais je l'ai trouvé deux ou trois fois douteux. Pas un tartuffe, pas à ce point, mais la direction d'âmes coupables donne décidément un pouvoir démesuré.


Chapitre I : Véronique

Balzac semble reprendre des trames de récits avec le même type de personnages centraux. Ici avec un personnage féminin élevé dans l’ennui pour un mariage ou dans le célibat, subi ou voulu, dont le type le plus réussi est dans Eugénie Grandet, le plus sordide dans La Vieille fille, et voici maintenant Véronique Graslin, ancêtre de la Bovary, avec plus de religion dans la tête. Celle-ci est élevée par des parents qui se tuent au travail mais dont elle est le seul luxe, si bien qu’elle est donnée en mariage à un homme qui pourrait bien être M. Grandet, en version bourgeoise, prêt à prendre une femme jeune mais pas vraiment jolie, pourvue d’une dot motivante. Le mariage s’avère rapidement sordide.

Chapitre II : Tascheron
Au moment où le lecteur imagine que Balzac lui a prévu une intrigue amoureuse romantique avec un procureur sincèrement amoureux d’elle, il nous en ferme le chemin littéralement en la rendant enceinte de son mari et nous emmène sur les traces d’un fait divers : le père Pingret (le bien nommé) se fait assassiner avec sa fidèle servante, dans son champ alors qu’il venait y contrôler son trésor. Une enquête, des pièces à conviction, un suspect bientôt condamné à mort, Tascheron, porcelainier prévoyant de s’enfuir aux Amériques après son crime, avec une « épouse » qui n’existe pas : l’imagination des femmes du lieu s’enflamme et Véronique elle-même semble s’intéresser à l’histoire, malgré sa grossesse à problème.
Spoiler: 
J'ai découvert à la fin que Tascheron lui avait été confié par son père quand elle était plus jeune : aucun souvenir de cette péripétie.
Elle demande à son ami le procureur d’adoucir les charges contre lui, en vain.
La fin du chapitre met en évidence que ce qui ne serait qu’un fait divers a des implications : les descendants du père Pingret, les des Vanneaulx, aimeraient un obtenir des aveux sur l’endroit où se trouve leur héritage, quitte à intriguer pour un acquittement, on fait un peu pression sur le procureur pour qu’il recule – au moins – la date de l’exécution, le clergé s’en mêle un peu, sous couvert de repentir, et l’abbé Pascal, l’aumônier, n’obtient que des imprécations et un rejet complet, colportés partout, ce qui va compliquer d’orgueil ecclésiastico-doctrinal son affaire. Tout l’aréopage de l’évêque : l’abbé Gabriel, l’abbé Dutheil (dans l’entourage de Mme Graslin), l’abbé de Grancour, se réunit : « Messieurs, la religion ne saurait avoir le dessous », s’écria l’Évêque. L’abbé Dutheil estime que le curé du village de Tascheron, M. Bonnet, saurait le convaincre.

Citations :

- [T]out est inutile, et nous aurons la douleur de voir mourir ce malheureux Tascheron en impie, il vociférera les plus horribles imprécations contre la religion, il accablera d’injures le pauvre abbé Pascal, il crachera sur le crucifix, il reniera tout, même l’enfer.
- Il épouvantera le peuple, dit l’abbé Dutheil. Ce grand scandale et l’horreur qu’il inspirera cacheront notre défaite et notre impuissance. Aussi disais-je[/quote] (…)[i] que ce spectacle rejettera plus d’un pécheur dans le sein de l’Église. »


Chapitre III : Le curé de Montégnac
Après de longues pages d’introduction avec l’habituel et efficace effet de resserrement de Montégnac, village où l’abbé Gabriel (frère cadet du baron de Rastignac…) vient chercher le curé Bonnet, Balzac passe à la description de l’ecclésiastique éponyme. Je suis surprise de trouver en lui, vingt-trois ans avant leur création par Victor Hugo, l’ancêtre commun de Monseigneur Myriel et de Jean Valjean (à Montreuil-sur-Mer). La description de Montégnac est pittoresque, Balzac donne du charme et de la vivacité à son indigence, valorisant encore par là le curé, mais peut-être aussi Tascheron. Les mêmes mélanges dans la description du presbytère, de l’église éveillent le dédain de l’élégant et bel abbé Gabriel, sensible uniquement à sa pauvreté, malgré toutes les modalisations, adressées au lecteur, de beauté, de simplicité soigneuse, d’harmonie.
On fait pression sur M. Bonnet dont la santé et l’affection pour Tascheron lui ôtait la force de voyager pour devenir l’aumônier de son paroissien.
Spoiler: 
Ils n’arracheront aucun aveu à l’homme qui ira à l’échafaud sans avoir parlé et sa famille, dans des détails rocambolesques, s’enfuira après avoir détruit vertueusement son butin.


Citations :
- Je croyais, madame, si le curé qui venait déjà pour la septième fois, que vous n’aviez que de la mélancolie ; mais je le vois, lui dit-il à l’oreille, c’est du désespoir. Ce sentiment n’est ni chrétien ni catholique.
- Et, répondit-elle en jetant au ciel un regard perçant et laissant erreur un sourire amer sur ses lèvres, quel sentiment l’Église laisse-t-elle aux dames, si ce n’est le désespoir.
• Mon avenir dépendait de mon admission à l’École Polytechnique. Dans ce temps, mes travaux ont démesurément cultivé mon cerveau, j’ai failli mourir,j’étudiais nuit et jour, je me faisais plus fort que la nature de mes organes ne le permettait peut-être. Je voulais passer des examens si satisfaisants, que ma place à l’École fût certaine et assez avancée pour me donner le droit à la remise de la pension que je voulais vous éviter de payer : j’ai triomphé ! Je frémis aujourd’hui quand je pense à l’effroyable conscription de cerveaux livrés chaque année à l’État par l’ambition des familles qui, plaçant de si cruelles études au temps où l’adulte achève ses diverses croissances, doit produire des malheurs inconnus, en tuant à la lueur des lampes certaines facultés précieuses qui plus tard se développeraient grandes et fortes. Les lois de la Nature sont impitoyables, elles ne cèdent rien aux entreprises ni aux vouloirs de la Société. Dans l’ordre moral comme dans l’ordre naturel, tout abus se paie. Les fruits demandés avant le temps en serre chaude à un arbre, viennent aux dépens de l’arbre même ou de la qualité de ses produits.


Chapitre IV : Madame Graslin à Montégnac

Voilà qu’à la mort de son mari, Véronique décide d’aller habiter à Montégnac avec sa mère. Il ne faut pas une heure au curé Bonnet pour comprendre que l’attrait qu’elle avait du village lui venait
Spoiler: 
de Tascheron
et il lui fait miroiter que pour passer à autre chose, pour ne pas s’abîmer dans le désespoir, elle pouvait beaucoup faire pour ce village (avec son argent)… Balzac veut-il vraiment faire de Bonnet l’archétype du curé rédempteur ou du manipulateur ? On peut voir cela aussi de cette manière.
Véronique accepte avec reconnaissance, étudie les lieux et rencontre un criminel gracié qui mène une vie d’ermite avec son jeune garçon, né hors mariage, dont la compagne a fui l’opprobre ; il a d’immenses compétences en pépinières. Elle l’engage. Balzac se lance au cours de la péripétie dans de grandes descriptions d’une nature faite d’arbres, de résineux, notamment et rocs, de pierres, d’immenses lits de torrents vides ou débordants, ou de marécages. Les amateurs d’étiquettes littéraires diront ce qu’ils voudront, les analogies entre le cœur de Véronique et le paysage traversé sont éminemment romantiques.
La fin du chapitre, à l’occasion de l’engagement d’un homme du peuple devenu un brillant ingénieur sans parvenir véritablement aux sommets glorieux qu’il visait (voilà ce qui arrive quand on commet l’erreur de vouloir sortir de sa classe ! nous disent dans un bel ensemble un personnage et le narrateur), à petit prix, bien sûr, est le moment que choisit Balzac pour faire enchaîner plusieurs discours sous des formes différentes, à la gloire du capitalisme, du conservatisme et de la religion catholique, qui seuls savent tirer parti des choses et les faire fructifier. Je me suis pincée en lisant un argument en faveur le paiement en denrées alimentaires, de peur que les salariés n’aillent détourner une partie de l’argent dans des épargnes perdues...


Chapitre V : Véronique au tombeau

La fin, téléphonée, nous apprend le grand secret porté par Véronique et les macérations qu’elle s’infligeait (car il faut que le lecteur le plus collet monté adhère à sa rédemption) :
Spoiler: 
elle avait été la maîtresse de Tascheron et (invraisemblance) savait que la mort de Pingret et de sa servante avaient été accidentelles
. Elle fait une confession publique à genoux, à l’ancienne, dans un appareil angélique, elle pardonne au procureur qui était amoureux d’elle à l’époque ; pour la peine, on l’absout
Spoiler: 
et on l’enterre à côté de Tascheron
.
La pérennité de ses investissements est garantie par ceux qu’elle finança : le jeune ingénieur va épouser la sœur de Tascheron et le petit Francis est assigné au village pour rester à veiller à sa prospérité.

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