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[Un monde plus sale que moi | Capucine Delattre]
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apo



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Posté: Aujourd'hui, à 7:50
MessageSujet du message: [Un monde plus sale que moi | Capucine Delattre]
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Un curieux malaise m'a accompagné durant cette lecture, que j'ai longtemps eu du mal à juger. Il s'agit d'un roman d'initiation à la sexualité d'une jeune fille de dix-sept ans, en synchronie et en relation évolutive avec l'éclosion du mouvent #MeToo. Dans un premier moment, Elsa paraît se positionner en complète antithèse avec le discours féministe, elle n'ambitionne qu'à se situer dans son groupe de pairs comme « étant en couple », quitte à effacer servilement sa personnalité afin de plaire à Victor, qu'elle n'aime même pas. Dans cette partie du récit, la prose de l'autrice verse dans l'humour, presque la caricature, et l'idée qui semble être défendue est la distance immense entre le savoir et l'expérience de la protagoniste d'une part, et la prise de conscience sociétale promue par le mouvement d'autre part. Comme si #MeToo ne concernait absolument pas la génération née en 2000. Outre l'humour, une surabondance d'érotisme au fil de très longues descriptions explicites donne l'image d'un personnage désinhibé et en syntonie avec une époque hyper-sexualisée. Puis se fait jour une évolution de la jeune narratrice, qui manifeste une souffrance réelle en même temps qu'elle se nourrit d'un véritable cynisme dans sa manière d'envisager le récit de sa relation sentimentale, qu'elle élabore pour elle-même et surtout pour les autres, notamment suite à la rupture. Progressivement, elle s'approprie de plus en plus les éléments de langage de #MeToo : spécifiquement elle assume le rôle de la victime d'un viol, mais non comme une prise de conscience, mais précisément comme une narration qui la valorise socialement et dont elle s'efforce de se convaincre elle-même de sa véridicité. Dans cette partie, la prose se métamorphose efficacement, l'humour disparaît, le cynisme servant désormais le portrait de l'anti-héroïne amorale, manipulatrice, victime éventuellement de sa seule duplicité. L'autrice place habilement une distance en termes éthiques entre son personnage principal et les personnages secondaires, et une complexification du premier par l'introduction constante du doute de soi et de sa parole, distance qui se répercute dans le malaise du lecteur, privé ainsi de la ressource de l'empathie envers la narratrice, mais aussi implicitement sommé de porter un regard critique sur la sincérité des témoignages de viol au sein du mouvement. L'idée est sans doute de créer ainsi un personnage dostoïevskien. Cependant, le déroulement de la trame, toujours par le recours à la confrontations entre la protagoniste et les personnages secondaires, re-crédibilise les revendications féministes contemporaines et recentre la problématique du roman autour de la seule question de la fiabilité des souvenirs d'Elsa, jaugés sous un prisme éthique. Sa relation sentimentale se profile au fil des pages comme effectivement « sale », inacceptable, constitué de faits d'une gravité qui ne saurait être tue.
La chute, un peu brutalement, dédouane enfin l'héroïne, la confirme dans la justesse et dans l'opportunité de son récit. C'est peut-être aussi grâce au témoignage d'Elsa que « Victor ne violera plus »...
Soudainement, ainsi, me vient l'idée que l'ancrage dans le contexte contemporain de ce roman ne se situe pas tant dans le rapport entre « une moche histoire » entre deux adolescents inexpérimentés et pressés et le mouvement #MeToo, contrairement à la présentation qui en est faite ; pas même dans la caractérisation réussie des personnages par rapport à l'époque ; mais dans la problématique du témoignage à l'ère de la « post-vérité ». Si les anti-héros qui inscrivent le doute dans leur questionnement éthique existent de longue date dans la littérature, l'accent est ici porté sur la crédibilité de leur parole, notamment dès lors que cette dernière constitue le fondement de leur construction identitaire encore fragile à cause de leur âge. Il se pourrait bien que la problématique des narrations antagonistes interchangeables et équivalentes dans le régime contemporain de la « post-vérité » modifie profondément la base même des rapports humains et sentimentaux par rapport au précédent régime moral, fondé sur le relativisme éthique comme condition du respect mutuel et de l'égalité. Dans ces conditions ni Elsa, ni Victor ni même le monde ne seraient particulièrement « sales », mais les gens seraient condamnés à souffrir de ne pas savoir comment se respecter...



Cit. :


1. « Je ne sais rien de la sexualité, si ce n'est qu'il faut jouir. C'est comme ça que ça fonctionne, c'est comme ça qu'on atteste l'avoir vécu. Pourtant, rien ne vient. Sa langue surligne tout ce qu'il y a de froid et flasque en moi. Ça tire, ça coule et ça pince en même temps. J'aimerais presque qu'il arrête, mais enfin, ça ne se peut pas, le sexe, tout le monde adore ça. Mes cuisses tremblent. Il s'interrompt enfin, et s'allonge à côté de moi. Je songe à toucher son entrejambe, mais j'en suis incapable. Le plafond n'a jamais été aussi grand. Sans transition, Victor commence à me parler de la grève des transports demain. Je hoche la tête. Je voudrais me rhabiller, mais je n'ose pas. Il me l'aurai dit, si je pouvais.
Victor s'empare de son téléphone, lâche tout d'un coup l'un de ces "putain" lisses qui peuvent tout aussi bien manifester l'agacement que l'amusement ou l'abattement.
- Il se passe quoi ?
- Je sais pas, y a l'air d'avoir un gros truc, genre une polémique.
- Ah ouais ?
Je m'en fiche. Je regarde mes pieds. Ça faisait dix ans que je ne les avais pas vus. J'ai tellement de morceaux de corps à me faire déshabiller.
- Un gars d'Hollywood, il a l'air d'avoir violé des meufs, genre des actrices... mais c'est pas sûr.
- Glauque.
Je mâchonne le blanc qui s'ensuit. Dix-sept ans d'existence m'ont donc menée ici, allongée dans un lit, à trois heures de l'après-midi, dans un petit cocon de sueur tapissé de vêtements, aux côtés d'un garçon dont je ne connais pas encore la date d'anniversaire. J'ajoute une question pour ne pas avoir à assumer la responsabilité de la mort de la conversation :
- Il s'appelle comment ?
- Je sais plus. Einstein, je crois. Harry Einstein. » (pp. 47-48)

2. « Certaines générations ont engendré des révolutions, la nôtre a livré des témoignages. Au début, je ne parviens pas à les lire. Ce n'est pas qu'ils me choquent, m'ennuient ou m'indignent, non, ce qu'ils décrivent est simplement trop loin de moi. À défaut de comprendre le fond, je fais attention aux mots choisis. Les mêmes termes reviennent sans cesse, et chacune de leurs occurrences les vide d'un peu plus de sens, comme des photocopies photocopiées jusqu'à épuiser toutes les réserves d'encre. Ça parle de viol, de brutalité, de filles trop jeunes et de justice à l'arrêt, et c'est à peu près tout ce que je suis en mesure d'analyser. Ça veut des corps. Ça veut des morts.
Un jour pourtant, j'y plonge, tripes les premières. Je pensais mes amies bavardes, mais leurs pavés et leurs tribunes m'apprennent que tout ce temps, leurs silences ont de loin surpassé leurs confidences. Leurs récits, maculés de violence, de vulgarité, sont des films en langue étrangère dont les images me frappent, mais dont le sens m'échappe. Je les crois parce que je les aime, par parce que je les comprends. Elles me parlent comme à travers une vitre. Je vois bien ce qu'elles évoquent, mais ça reste froid et brouillé. Ça me paraît inventé, quand bien même je sais que ça ne l'est pas. Je n'y peux rien. Je n'ai jamais été agressée, moi. J'ai parlé à trois garçons sur les six derniers mois. » (pp. 71-72)

3. « J'apprends ma féminité à travers les mots des autres. J'apprends qu'être femme, c'est plaire sans le vouloir, et mon corps m'apparaît soudain comme un instrument dangereux que je ne saurai jamais manier. Je croyais que j'étais simplement censée l'habiter, il s'avère qu'il servira surtout à m'assigner une valeur. Victor me prend sur le pas de sa porte, par la taille par le bras. J'aimerais qu'il attende d'y être autorisé, mais je préfère apprendre à aimer ce qu'il me donne. Je ne sais pas ce que je suis, mais je sans que c'est très facile de l'être. Je suis née pour aimer les garçons comme lui.
Ce n'est qu'une fois que les médias cessent de parler des agresseurs que je me sens en droit de m'approprier le sujet, enfin, pour de vrai. Mon éducation me semble parfaite. J'ai lu les livres des féministes, enfin, deux ou trois, mais ça suffit. J'ai compris le patriarcat, la domination des hommes. Je sais repérer les méchants, les mauvais, on ne m'y prendra pas. Moi, j'arrive trop tard pour me tromper. C'est bon. Je suis sauvée. J'ai eu de la chance. Naître de la dernière pluie m'a permis de passer entre les gouttes. Tout ira bien pour moi. J'ai été assez maligne pour me trouver un garçon gentil capable de me protéger. Bien sûr, ça ne prémunit pas de certains accidents, mais Victor sait, Victor comprend, Victor m'accompagne. On est des enfants. On apprend. » (pp. 77-78)

4. « Si je n'ai pas encore bien compris qui je suis, je suis tout de même au courant d'une chose : ce n'est pas assez. Il me faut un personnage plus grand que moi, un rôle dans l'interprétation duquel je pourrai arrêter de me chercher. Grâce à Victor, je trouve enfin à quoi je vais pouvoir consacrer ma vie : l'aider. À défaut d'une identité, j'aurai de la reconnaissance.
Avoir passé mon adolescence à me moquer des femmes au foyer ne m'empêche pas de m'investir dans ce rôle d'amoureuse transie. Je le masse, l'attends, l'écoute, lui passe la pommade, dix balles et mes clés. Voir ma mère se comporter de la sorte m'aurait mortifiée pour elle, mais dans mon cas, ça n'a rien à voir : c'est mon choix. Victor semble jouir de tellement plus de certitudes que moi. De quel droit irais-je gaspiller mon temps et mon énergie à inventer mon propre bonheur quand je peux participer au sien ?
Victor n'est guère enclin aux remerciements, tant pis. Plus Victor m'est ingrat, plus mes sacrifices passent inaperçus, et plus je suis contente. Chaque jour, je prélève de petits morceaux de libre arbitre à mon confort pour consolider le sien et j'investis pour lui tous les rôles de la basse-cour ménagère – copine, psy, prof, bonne pote, daronne, bobonne et pauvre conne. Ça ne me fait pas spécialement plaisir, mais ça nous fait du bien. Il n'y a rien à penser, il n'y a qu'à faire, se taire et prendre soin. Cela me vient sans effort. On n'aime jamais aussi bien un homme que lorsqu'il ne s'en rend pas compte. Je l'ai appris grâce aux livres, au cinéma et aux silences de ma mère.
Je corrige, j'anticipe, je cuisine, je nettoie. "Syndrome de l'infirmière", me taquine Estelle. C'est faux, je ne cherche pas à sauver Victor, j'ajoute simplement du bon au bien, pour le rendre meilleur. Je donne, y compris et surtout ce qui me coûte. Bien sûr, cela m'affaiblit, mais j'en tire une sorte de réconfort, rance et roboratif. Plus je me dépouille, moins je me sens vide. Moins Victor me remercie, plus je m'anoblis. » (pp. 86-87)

5. « Il est déjà difficile d'admettre qu'on a subi un abus, pas parce qu'on se sent humiliée, mais parce qu'on doute de dire la vérité. Il est infiniment plus pénible de s'apercevoir que ça aurait pu ne pas avoir lieu, et qu'il aurait peut-être suffi d'une conversation pour s'épargner ça.
Nier ces quelques minutes de plaisir jusqu'à les prendre pour un fantasme, une simple vue de mon esprit, m'aiderait sans doute à prendre Victor pour le méchant qu'il n'est pas, mais ce ne serait pas honnête. Si je veux construire un récit vrai, un récit pérenne, un récit qui m'instruise et m'élève, j'ai besoin de ce souvenir-là. Personne ne pourra jamais l'entendre, ni ceux qui me plaignent ni ceux qui me méprisent. Les premiers ne comprendront pas, ils y verront un sursaut stockholmien, les seconds une simple preuve de ma duplicité et du fait que tout ce temps, je n'ai jamais été qu'une allumeuse en manque d'attention, une menteuse qui avait besoin d'une histoire horrible pour paraître vertueuse en comparaison. […]
Victor m'a abîmée, Victor ne m'a pas écoutée, Victor m'a fait de la peine à en saigner et mal à en pleurer. Et puis il se trouve aussi qu'un soir, c'était beau. C'est parce que toutes ces réalités se contredisent qu'elles sont importantes. Tout ça coexiste, et je n'ai pas le droit de l'oublier. » (pp. 153-154)

6. « Un soir cependant, je m'abandonne à évoquer le sujet de façon sincère. Je décris les contours, les circonstances, parce que le reste m'effraie et m'échappe, mais ça suffit à apeurer une amie, dont le regard de pitié, soudain et poisseux, me convainc de ne plus jamais aborder le sujet sérieusement. Aussitôt, je me mets à en parler comme de tout ce qui m'affecte et m'affole, c'est-à-dire comme une blague. Tout le monde se marre. Tout le monde adore. Très vite, je tire mon carburant de cette hilarité. Tant pis pour la consolation, je vivrai de scandale.
[…]
Après un mois, démolir Victor ne me suffit plus. Je me suis accoutumée à ma vacherie, devenue bien trop prévisible, et j'ai besoin de tension, de contradiction pour avoir l'impression de continuer à l'emporter sur lui. Alors je commence à me salir, moi aussi, ou plutôt celle que j'étais il y a un an, parce que j'ai du pouvoir sur elle, à défaut d'en avoir sur Victor. J'y vais un peu fort. À m'entendre, tout était ma faute. Je prends un grand plaisir à travestir mon innocence en bêtise, ma gentillesse en crédulité, mon indulgence en inconséquence, ma soif d'amour en marque de faiblesse. Plus les gens rient, et plus je me hais. L'essentiel n'est pas que je dise vrai mais que j'ose le dire. Mon histoire devient comme une rumeur. Personne n'y croit, mais tout le monde aime se l'entendre raconter. On m'en redemande. Mieux que les couples ratés, les filles qui se diminuent d'elles-mêmes sont le plus doux des faire-valoir. Petit à petit, je confonds ce que je récite avec ce que je crois. Je m'anéantis. Ça me tranquillise. (On a tendance à sous-estimer le grand repos qu'offre la dévalorisation comme preuve d'identité.) » (pp. 165-167)

7. « J'appelle ça mon viol et il est presque parfait, ni trop glauque, ni trop bizarre. Un récit plausible, un peu nuancé, à dérouler d'une voix douce et creuse, film plastique dans lequel j'étouffe mes souvenirs jusqu'à les priver de forme et d'odeur. J'en parle aux gens dont j'ai envie qu'ils m'aiment. Ce qui me rend triste, c'est que ça fonctionne toujours. L'histoire que je raconte force tout le monde à m'admirer, ou au moins à me plaindre. Elle a tout de la vérité, si ce n'est que je n'y crois pas toujours.
Je ne suis pas certaine d'être une bonne victime. Je n'ai pas honte d'avoir été violée bien que je doute encore que ça me soit vraiment arrivé. Je pense parfois comme ceux avec qui je ne suis pas d'accord, je me dis qu'il m'aurait suffi d'un peu de jugeotte pour m'épargner ça, que j'en fais quand même tout un flan pour pas grand-chose. J'en souffre encore alors que ce n'était rien. J'y pense toujours alors que ça ne me fait rien.
Tout ce qu'il manque à mon viol pour être parfait, c'est que je me mette enfin à y croire. J'ai bon espoir d'y parvenir bientôt. Tant mieux, parce qu'il le faut. J'ai besoin que ça soit un viol car si ça n'était pas un viol, alors c'était ma faute. » (pp. 217-218)

8. « Je n'en veux plus à Victor. Je n'ai pas besoin qu'on le déteste pour moi. Ce sont les autres qui m'incitent à le prétendre, à singer les stigmates de la bonne victime. Et je l'ai fait, et ça a marché, oh, comme ça a marché. J'ai pris l'air accablé, laissé ma voix racler les octaves les plus graves et mes confessions s'étirer bien plus longtemps qu'il ne l'aurait fallu, tant et si bien que depuis quelque temps, je commence à souffrir pour de vrai, et que je ne sais même pas si c'est parce que je prends enfin conscience petit à petit de ce qui s'est passé, ou si c'est parce qu'il le faut bien, parce que toute cette peine constitue une forme de prix à payer pour mériter mon statut de jeune femme violée. Il y a quelques mois encore, je n'y pensais presque plus. Je passais devant chez lui sans trembler. Puis on m'a dit et répété que c'était grave, et ça l'est devenu. » (p. 240)

9. « Je pourrais pleurer à l'idée que toute ma souffrance, tout ce à quoi j'ai consenti, n'a jamais été au service de quoi que ce soit de beau, de vrai ou de réciproque. Je pourrais me racler de larmes à l'idée que j'ai tant donné de moi à quelqu'un qui n'en voulait pas et n'en a tiré que de l'embarras, mais je me réjouis. C'est parfait. Au moins, je n'ai rien sali. Notre histoire était laide, de bout en bout, nos corps comme des outils dont on n'a même pas été fichus savoir se servir, et me l'entendre confirmer est une libération. Tout de nous a disparu.
Je pourrais pleurer, aussi, pour les filles de ma génération. On avait dix-sept ans en 2017. On a cru qu'on pourrait grandir sereines à l'ombre de la grande pleur soudainement éclose qu'était #MeToo, mais ils l'ont arrachée sous nos yeux. Séchée, placardée, étouffée sous du verre de musée où ils l'ont étiquetée, morte et inoffensive, comme un curieux fossile du passé. Ce qui aurait dû être notre vie est devenu de l'Histoire. » (p. 272)

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