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    Répondre au sujet L'agora des livres Index du Forum » Littérature générale    
[La Place | Annie Ernaux]
Auteur    Message
amiread1



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Inscrit le: 16 Mar 2007
Messages: 812
Localisation: Chateaudun


Posté: Ven 31 Oct 2008 22:32
MessageSujet du message: [La Place | Annie Ernaux]
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" Je hasarde une explication : écrire c'est le derniers recours quand on a trahi."

Cette belle phrase de Jean Genet que Annie Ernaux place en exergue de son livre est une sorte d'aveu. Trahir ...? Trahir la classe ouvrière bien sûr, dont sont issus les parents de Annie et qu'elle même "abandonnera" à la fin de ses études pour entrer dans le monde "petit bourgeois" de la culture et de l'intellect...
Dans ce petit livre dense Annie Ernaux revient sur son enfance en Normandie et plus particulierement sur son père qu'elle évoque à travers des instantanés aux couleurs sépia : le café-épicerie de ses parents,les sorties du dimanche, les repas de famille,les foires d'Yvetot...tout ce monde de l'immédiat après-guerre dont ses parents ne sortiront jamais tout à fait.

Avec une lucidité acerbe elle pointe tous les petits travers de son père, ses habitudes qui l'enserraient dans un carcan...
"Le repas fini, il essuyait son couteau contre son bleu. S'il avait mangé du hareng, il l'enfouissait dans la terre pour lui enlever l'odeur."

Au fil des années et des études l'écart se creuse entre ses parents et elle. Annie fréquente des copines de la petite bourgeoisie : "J'émigre doucement vers le monde petit-bourgeois,admise dans ces surboums dont la seule condition d'accès, mais si difficile,consiste à ne pas être cucul. "
La "trahison"va être consommée quand Annie entrera à l'université : "Mon père est entré dans la catégorie des"gens simples" ou "modestes" ou "braves gens". Il n'osait plus me raconter des histoires de son enfance."

J'ai retrouvé dans "La place" la même écriture plate et blanche que dans "Les années". Et loin de gâcher le propos, le style dépouillé de Annie Ernaux en fait ressortir toute l'humanité déchirante. Le livre s'ouvre et se finit sur l'évocation de la mort de son père ; autant dire que ce n'est pas un ouvrage gai. Et pourtant inexplicablement je l'ai senti comme un ouvrage "qui fait du bien" ; magie de l'écriture ???

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Les monstres (sociologiques) selon Bourdieu
Auteur    Message
Franz



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Posté: Sam 01 Nov 2008 16:22
MessageSujet du message: Les monstres (sociologiques) selon Bourdieu
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Merci amiread1 pour ta note de lecture qui me replonge des années en arrière sur les terres cauchoises que j'ai longuement arpentées, Yvetot inclus. Lorsque je lisais Annie Ernaux, je ne retrouvais pas spécialement l'ambiance de la petite ville normande mais plutôt celle de toutes les petites villes encore proches de la campagne et des habitudes tirées du terroir. Le monde paysan qui imprègne les villes et villages se méfie presque naturellement des intellectuels. Annie Ernaux a fait le grand écart entre deux façons d'être mais je pense qu'elle a fait ce qu'elle devait faire et qu'elle l'a bien fait. Ce qui compte c'est de ne jamais mépriser les autres pour une quelconque raison. Annie Ernaux n'est jamais entrée dans ce jeu mesquin et stérile. Elle s'est toujours mise à nu et son style littéraire dépouillé, loin du pathos, rend la vie dans toute sa vérité. Je suis d'accord avec ce que tu dis. La lecture de La place n'est pas attristante. Par certains aspects, elle est même réjouissante.

Bonne journée.

Franz
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Auteur    Message
amiread1



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Inscrit le: 16 Mar 2007
Messages: 812
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Posté: Sam 01 Nov 2008 22:16
MessageSujet du message:
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Hello Franz ! Oui d'accord avec toi ; le "monde paysan" (car que dire, qu'écrire d'autre, pas de péjoratif là dedans),se méfie plus que fortemment des intellos ,des mecs qui travaillent de la cafetière, des doux rêveurs, des "enculeurs de mouches"... Je connais tout cela car j'ai vécu et étudié dans une France des années 60-70 ou lire ou écouter de la musique classique dans un lycée agricole par exemple (c'était mon cas....) , te destinait, dans le meilleur des cas, à être un spécimen "homo intellectualis" observé sarcastiquement , tel un extra terrestre, et dont les relations avec ses coreligionnaires se bornaient à un minimum de borborymes qui incluaient l'air du temps, les manies des profs, les "meufs qui sont bonnes", les dates de semences (des graines de blé ou de maïs... ) , et, éventuellement des questions politiques comme la TVA ou le plan Mansholt....Ceci dit, et pour en revenir à Annie Ernaux c'est justement sa compassion (je ne trouve pas d'autre mot) , qui transfigure son propos; autrement dit (et comme tu l'écris dans ton post) : "Ce qui compte c'est de ne jamais mépriser les autres pour une question quelconque...) ; c'est le "Crédo" que je me suis fixé. A d'autres, les avis péremptoires et les certitudes dévastatrices.

Bonne soirée Franz.
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Auteur    Message
amiread1



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Inscrit le: 16 Mar 2007
Messages: 812
Localisation: Chateaudun


Posté: Sam 01 Nov 2008 22:23
MessageSujet du message:
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Un ajout. Annie Ernaux rends magnifiquement la densité du vide des années 50-60. La culture du "peu" et du "quand même"...et "l'apparition" (comme la Sainte Vierge) des années de consommation siglées Auchan ou Carrefour...
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Credo
Auteur    Message
Franz



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Messages: 1589
Localisation: Nîmes
Âge: 60 Lion


Posté: Sam 01 Nov 2008 23:41
MessageSujet du message: Credo
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Quand tu parles de credo, je pense à un poème de Lucien Jacques, Belge, ami de Giono, qui vivait dans un continuel état de poésie.

Voici un extrait :

"Je crois en l'homme, ce tordu,/cette vessie de vanité./Je crois en l'homme, cette pommade,/ce grelot, cette plume au vent,/ce boute-feu, ce fouille-merde./Je crois en l'homme, ce lèche-sang./Malgré tout ce qu'il a pu faire/de mortel et d'irréparable.//Je crois en lui/pour la sûreté de sa main,/pour son goût de la liberté,/pour le jeu de sa fantaisie,/pour son vertige devant l'étoile..."

Bonne semaine.

Franz
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Auteur    Message
amiread1



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Posté: Dim 02 Nov 2008 0:05
MessageSujet du message:
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Je viens de revenir sur "ma" critique de "La place" (en ce moment je navigue dans l'Agora des ...). Je ne connaissais pas Lucien Jacques ; sans aucune flagornerie : je trouve ces vers réjouissants ; "Je crois en l'homme ce tordu..." cette vessie de vanité... En arriere fond les toiles de James Ensor .
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