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[Tous les mots sont adultes - Méthode pour l'atelier d'é...]
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apo



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Localisation: Ile-de-France
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Posté: Jeu 15 Déc 2022 15:45
MessageSujet du message: [Tous les mots sont adultes - Méthode pour l'atelier d'é...]
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[Tous les mots sont adultes - Méthode pour l'atelier d'écriture | François Bon]

Je suis très énervé contre ce livre qui porte un titre emprunté à Maurice Blanchot, énervé à cause de son sous-titre : « Méthode pour l'atelier d'écriture ». Ou il y a équivoque sur le sens du terme « méthode », ou bien je suis trop idiot pour comprendre de quelle manière cela serait une méthode, ou enfin il y a franchement tromperie sur la marchandise. Depuis le début des années 1990, François Bon, écrivain, se consacre aux ateliers d'écriture à vocation littéraire auprès de publics très variés. Une méthode pour l'atelier d'écriture (littéraire), me semble-t-il, devrait a minima contenir l'énoncé des thématiques (s'il y en a) que l'animateur aborde durant les séances (avec ou sans progression, à expliciter), les textes littéraires dont il se sert et la manière de les utiliser, l'indication des propositions et modalités d'écriture (cadre, durées, contraintes éventuelles, possibles inducteurs intermédiaires et/ou complémentaires, etc.), les règles relatives au partage (lecture) et aux retours sur les écrits (finalités, formes, limites, etc.), et enfin, si possible, quelques exemple de textes dont ces dispositifs ont permis la production en groupe. Il ne s'agit pas là de « transposer des recettes », qu'il soit bien clair, et un animateur-lecteur du livre qui s'approprierait ces « recettes » telles quelles sans citer son inventeur serait tout simplement coupable de plagiat, comme pour n'importe quelle œuvre de l'esprit – c'est la loi. Mais que Bon s'ingénie à brouiller délibérément les pistes, à occulter ses dispositifs, à placer dans le désordre les textes littéraires, leur apparente raison d'être (ex. un discours sur le visage...) et le commentaire afférent (… suivi d'un commentaire sur la ponctuation), (un chapitre sur « les trajets, la ville », comportant l'énoncé d'une contrainte sur la syntaxe (p. 59)), à partager avec une extrême parcimonie (euphémisme!) les productions des participants, en obscure consonance voire en claire dissonance avec les textes d'auteurs adjacents... tout cela a eu pour conséquence de m'agacer démesurément. Nous ne saurons du cadre que la circonstance – que je trouve critiquable – que François Bon refuse d'écrire en même temps que les participants. Il n'y a qu'à se référer à la table des matières : un capharnaüm (même typographique) inouï, dans lequel aux chapitres, nommés « cercles », sauf un « Chapitre à part » (allez comprendre pourquoi celui-là n'est pas un cercle, peut-être est-il une ellipse!?) s'alternent des « hommages » : à Georges Perec, à Franz Kafka, à Valère Novarina, à Bernard-Marie Koltès. Et dans les « cercles » il y a des « variations », des italiques, des focus sur une œuvre, un auteur, plusieurs auteurs en vis-à-vis...
J'avoue que si j'ai poursuivi jusqu'à son terme cette lecture exténuante, éprouvante pour mes nerfs irrités, ce n'est que pour la beauté et l'intérêt des fragments des auteurs, parfois classiques mais qui le plus souvent m'étaient totalement inconnus, surtout les poètes contemporains. Les rarissimes productions d'atelier étaient aussi souvent délicieuses. Et enfin, rares pépites laissé choir inopinément par Bon, j'ai profité de quelques considérations dont il a consenti à nous faire part sur les spécificités de l'écriture en atelier, sur lesquelles, au demeurant, je me trouve en accord avec lui. Si l'auteur éprouve autant de réserves à partager ses expériences, tout en ayant cependant l'envie ou l'ambition d'en publier un ouvrage, qu'il soit charitable, qu'il se limite à compiler une anthologie des magnifiques morceaux qu'il utilise : nous comprendrons bien mieux sans son verbiage prétentieux les raisons de ses choix, et sauront en tirer notre propre nourriture.


Cit. :


1. « l'heure du réveil des habitants du passage de la reine de hongrie
l'heure de l'ouverture du café de la rue du moulin de la pointe
l'heure du ramassage des poubelles de la rue du sommet des alpes
l'heure de l'ouverture de la boulangerie de la rue du roi de sicile
l'heure de l'extinction des réverbères de la rue du pot de fer
l'heure de l'ouverture de la boucherie de la rue du faubourg du temple
l'heure du lever des enfants de la rue de la poterne des peupliers
l'heure de l'ouverture de la charcuterie de la rue du moulin des prés
l'heure de l'invasion des voitures de l'avenue de la porte d'orléans
l'heure de l'ouverture du salon de coiffure de la rue des colonnes du trône »
(Jacques Roubaud, La forme d'une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains, 1999, cit. p. 94)

2. « Celui qui est parti et que les gendarmes cherchent toujours
Celle qui m'aimait tellement qu'elle est morte le jour de mon anniversaire
Celui qui avait les mains calleuses du travail de la terre
Celui qui conduisait les moutons dans les prés
Celle qui crochetait des tapis magnifiques
Celui qui est revenu fou de la guerre d'Algérie
Celui qui est parti trop tôt sans avoir eu le temps de vivre
Celle qui travaillait la nuit pour s'occuper de ses enfants dans la journée
Celui qui nous racontait son évasion des camps et sa traversée du Rhin
Celle qui vivait dans un château, mais dans les communs
Celui qui ne savait pas lire, mais achetait le journal tous les jours
Celui qui est parti fabriquer des briques du côté de Dijon
Celle qui ne voulait pas qu'on sorte quand il y avait du soleil, mais qui nous faisait faire cinq kilomètres à pied pour aller au cimetière
Cet enfant de l'amour dont personne n'a voulu s'occuper »
(Réalisé en atelier au Centre dramatique national de Nancy, 1997, cit. p. 122)

3. « C'est le côté technique du travail de Freud dont on pourra se saisir pour restituer comme une arborescence, plutôt que le versant "interprétation", qui rétablirait une hiérarchie entre l'animateur et ceux qui vont écrire, alors qu'il s'agit seulement d'apprendre à être ensemble spectateur de ses propres rêves. Les textes qu'on va induire ne sont pas matière à interpréter, mais fragments où se révéler à soi-même ses dominantes de poétique […]. Plutôt faire rêver les participants à ce qu'ils trouveront à la lecture personnelle du grand livre de Sigmund Freud, et quel plaisir on peut avoir à faire ainsi miroiter pareille œuvre à qui encore ne la connaît pas, parfois en découvre même l'existence.
Parler aussi de comment on peut soi-même déplacer sa maîtrise du rêve, comment en immobiliser provisoirement une image, quels exercices permettent d'accroître son attention au rêve ou sa mémoire des rêves, et la cultiver. C'est, après les descriptions des principales typologies de rêve, l'étape par quoi déjà le rêve s'approche de l'écriture qu'on va en tenir, parce qu'on incite le mental à s'approprier l'objet qui semblait lever confusément et à distance. » (p. 174)

4. « […] Le mystère d'un atelier, c'est la façon dont chacun va cheminer vers sa singularité, et c'est elle qui va conditionner le destin ou le mode de fonctionnement du texte.
Le rôle de l'animateur d'atelier, c'est que chaque séance ouvre une porte sur un genre, une technique. Mais ces propositions ne résonneront pas de la même intensité pour chacun des participants. On se frotte à tous les instruments, mais chacun trouvera peu à peu le sien.
[…]
Ce qui m'étonne toujours, c'est comment certains textes, indépendamment de la proposition, s'imposent chaque fois comme écriture dramatique, qui appelle la scène. C'est une façon d'exiger du noir et de l'espace autour de la profération pour se faire image, c'est une façon d'appeler à être dit par le corps en mouvement […]. » (pp. 249-250)

5. « Dans cette première version [d'un texte produit en atelier qui sera retravaillé par son autrice], l'émotion venait peut-être aussi d'un fait bien trop inaperçu : la voix des humbles, la voix des anonymes, ne résonne encore que bien trop faiblement dans la littérature. Ce qui sépare de la littérature les gens que nous rencontrons en atelier n'est pas seulement une question de langue, mais ce grand écart à franchir pour qu'entrent dans la langue celles et ceux qui ne se sont pas préoccupés d'y prendre voix. » (p. 300)

6. « Écrire. Écrire pour obéir au besoin que j'en ai.
Écrire pour apprendre à écrire. Apprendre à parler.
Écrire pour ne plus avoir peur.
Écrire pour ne pas vivre dans l'ignorance.
Écrire pour panser mes blessures. Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance.
Écrire pour me parcourir, me découvrir. Me réveiller à moi-même.
Écrire pour déraciner la haine de soi. Apprendre à m'aimer.
Écrire pour surmonter mes inhibitions, me dégager de mes entraves.
Écrire pour déterrer ma voix.
Écrire pour me clarifier, me mettre en ordre, m'unifier.
Écrire pour épurer mon œil de ce qui conditionnait sa vision.
Écrire pour conquérir ce qui m'a été donné.
Écrire pour faire droit à l'instance morale qui m'habite.
Écrire pour retrouver – par-delà la lucidité conquise – une naïveté, une spontanéité, une transparence.
Écrire pour agrandir mon espace intérieur. M'y mouvoir avec toujours plus de liberté.
Écrire pour produire la lumière dont j'ai besoin.
Écrire pour m'inventer, me créer, me faire exister.
Écrire pour soustraire des instants de vie à l'érosion du temps.
Écrire pour devenir plus fluide. Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.
Écrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu'elle ne demeure comme une terre en friche.
Écrire pour affirmer certaines valeurs face aux égarements d'une société malade.
Écrire pour être moins seul. Pour parler à mon semblable. Pour chercher les mots susceptibles de le rejoindre en sa part la plus intime. Des mots qui auront peut-être la chance de le réveiller à lui-même. De l'aider à se connaître et à cheminer.
Écrire pour mieux vivre. Mieux participer à la vie. Apprendre à mieux aimer.
Écrire pour que me soient donnés ces instants de félicité où le temps se fracture, et où, enfoui dans la source, j'accède à l'intemporel, l'impérissable, le sans limite. »
(Charles Juliet, in : Il fait un temps de poème, 1996, cit. pp. 314-315)

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Dernière édition par apo le Lun 19 Déc 2022 1:25; édité 1 fois
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Swann




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Posté: Dim 18 Déc 2022 23:41
MessageSujet du message:
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Donc le meilleur sous-titre aurait été : anthologie pour des ateliers d'écriture (et débrouille-toi, lecteur) ?
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apo



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Posté: Lun 19 Déc 2022 1:42
MessageSujet du message:
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Je pense qu'en guise de sous-titre François Bon aurait dû se faire plaisir en écrivant l'adresse au lecteur suivante :
"Ô lecteur, si tu penses comprendre un iota à la littérature, tu n'es qu'un gros ignare ; si tu te présumes capable d'animer un atelier d'écriture, retourne au champ faire paître ton bétail ; ce n'est pas toi qui profiteras de mes lumières, car toi, contrairement aux mots (des participants aux ateliers), tu n'es pas adulte."
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Auteur    Message
Swann




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Posté: Lun 19 Déc 2022 12:10
MessageSujet du message:
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« apo » a écrit:
Je pense qu'en guise de sous-titre François Bon aurait dû se faire plaisir en écrivant l'adresse au lecteur suivante :
"Ô lecteur, si tu penses comprendre un iota à la littérature, tu n'es qu'un gros ignare ; si tu te présumes capable d'animer un atelier d'écriture, retourne au champ faire paître ton bétail ; ce n'est pas toi qui profiteras de mes lumières, car toi, contrairement aux mots (des participants aux ateliers), tu n'es pas adulte."
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