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[La moustache | Emmanuel Carrère]
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Posté: Ven 01 Déc 2017 21:12
MessageSujet du message: [La moustache | Emmanuel Carrère]
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Une collègue turque vante et me presse à lire La Moustache d'Emmanuel Carrère, publié en 1986. Parmi ses louanges, revient avec insistance que l'histoire est « si française ». Peut-être n'était-elle pas au courant (pas plus que moi alors), que le même Carrère en a tiré vingt ans plus tard un film qui, joué par des acteurs comme Vincent Lindon et Emmanuelle Devos, doit certainement renforcer son coté « si français »... Quelque temps après, esprit d'escalier oblige, je songe que le romancier et traducteur turc Tahsin Yücel a aussi écrit un roman intitulé en français La Moustache (en 1995). Je ne l'avais pas lu non plus, mais avais des raisons de croire qu'il conte une histoire « si turque ». Je décide donc de lire les deux en rapide succession, afin de tenter de déceler, dans ces deux moustaches, les emblèmes nationaux-culturels respectifs. Moustache gauloise et moustache ottomane : se tiennent-elles par la barbichette ?

La moustache gauloise : c'est la disparition d'une moustache, laquelle passe inaperçue provoquant chez le protagoniste un désarroi sur sa propre personne et son entourage. Le désarroi se joue en quatre temps : l'irritation d'être pris pour objet d'un canular joué par Agnès, l'épouse et quelques amis, qui feindraient d'ignorer la pilosité disparue ; la crainte qu'Agnès, victime de sa manie affabulatrice, ne soit en train de sombrer dans la folie, tout en détruisant les preuves de l'apparence ancienne du héros ; l'angoisse d'être soi-même proie de la folie, ou d'une certaine amnésie doublée d'une fixation qui le pousserait à maquiller son passé ; la terreur qu'un complot soit ourdi par Agnès et Jérôme, un collègue supposé être l'amant de l'épouse, afin de le faire sombrer dans la folie.
Jusqu'à deux tiers du récit, la trame se déroule à Paris et l'habileté de l'auteur consiste à donner une égale vraisemblance à ses quatre hypothèses qui se succèdent dans l'intériorité intime du personnage : de manière très haletante, le lecteur est entraîné dans les mêmes doutes et les mêmes angoisses que celui-ci. Le rythme est dicté uniquement par ses péripéties psychiques et les détails factuels, dans sa confrontation avec les personnages mineurs, sont distillés au compte-goutte. Le troisième tiers est inspiré par le mouvement physique : la course vers la demeure des parents, l'aéroport, l'arrivée à Hong-Kong, les bouleversants allers-retours en série, psychotiques, entre les deux rives, et enfin l'errance à Macao et la chute qui, je pense, ôte tout doute sur la question de savoir laquelle des quatre hypothèses correspond à la réalité. Cette seconde partie du récit, où le protagoniste est seul (jusqu'au dénouement conclusif) et victime d'une folie devenue avérée, est scandée sur un tempo considérablement accéléré. Il a été observé que l'incipit et l'excipit du roman se ressemblent, dans la mesure où ils figurent le rasage de la moustache.
Il s'agit d'un roman intimiste, d'un thriller psychologique. Le questionnement qu'il contient est entièrement individuel. L'action dramatique consiste dans la progression de la folie d'un homme. La moustache constitue un objet d'obsession.


Cit. :

« Dans sa fièvre de la veille, il s'en rendait mal compte, mais c'était l'évidence : il fallait disparaître. Pas forcément du monde, mais en tout cas du monde qui était le sien, qu'il connaissait et qui le connaissait, puisque les conditions de la vie dans ce monde-là étaient désormais sapées, gangrenées par l'effet d'une monstruosité incompréhensible et qu'il fallait soit renoncer à comprendre, soit affronter entre les murs d'un asile. Il n'était pas fou, l'asile lui faisait horreur, restait donc la fuite. » (p. 141)

« Il s'efforçait, pour situer ce geste anodin, de reconstituer en détail les 24 heures précédant son départ, mais la vanité de son effort ne l'affectait pas, une sorte d'engourdissement privait de tout enjeu des actes qui, doucement, glissaient vers l'irréel, la brume d'une légende dont il n'était plus le héros. Avec la même indolence, il étouffait les projets ou représentation à long terme de son avenir […] : tout devenait indifférent, les questions autrefois coupantes comme des rasoirs s'émoussaient, l'urgence de choisir ou de ne pas choisir retombait. » (p. 167)

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