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[Fables de la dictature | Leonardo Sciascia]
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Posté: Mar 30 Mai 2017 22:15
MessageSujet du message: [Fables de la dictature | Leonardo Sciascia]
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Pour tout italianisant, ou simple lecteur italophone, l'archétype de ce genre de fragments satiriques sous forme de fables animalières n'est pas Ésope et encore moins La Fontaine, mais c'est Trilussa, alias Carlo Alberto Salustri, poète dialectal romain, antifasciste de la première heure et jamais molesté par Mussolini, qui se délectait même en privé de ses railleries. [Une étude devrait d'ailleurs être menée sur la prédilection transgressive fort infantile du Duce à l'endroit de toutes les créations artistiques – littéraires, cinématographiques, bédés – qu'il faisait interdire par la censure du « MinCulPop »...]
Pasolini, à raison, souligne que cette plaquette fut publiée en 1950, après la chute du régime : « […] Sciascia condamne, dans son souvenir, ces temps d'abjection […] » (p. 68) ; et cette mise à distance a pour conséquence, dit-il, un surcroît de poésie :
« L'élément lourd, tragique de la dictature […] est transposé en de très rapides syntagmes, en de survolantes saillies qui ne laissent pas de faire frissonner. […] Pourtant, même ces soudaines nitescences, ces gouttes de sang figé, sont absorbées dans le contexte de ce langage, si cristallin que le lecteur se demande si d'aventure son contenu même, la dictature, n'a pas été une fable. » (p. 71).

Par comparaison avec la satire de Trilussa, je trouve pour ma part une plus grande hétérogénéité de ton dans ces fragments : certains sont ironiques, d'autres amers, certains sont explicites, d'autres assez hermétiques – la dictature et la servilité qui l'accompagne ayant cédé la place désormais au « pessimisme cruel et satisfait » (dixit Alberto Moravia) sur la nature humaine qui caractérisera l'ensemble de l’œuvre successive du grand Sicilien.

Cit.

1. « Sbucando in dispensa, l'abbondanza di formaggi e prosciutti stupì il topo. "Come farò a mangiare. tutta questa roba ?" si chiese preoccupato. Si decise a cominciare da una piccola scaglia di formaggio, ritenendola provvidenzialmente caduta per meglio aguzzare il suo appetito.
E la trappola scattò, a liberarlo dalla preoccupazione di tutta quella roba da mangiare. »

« Il déboucha dans la dépense : l'abondance de fromages et de jambons rendit le rat tout pantois. "Comment ferai-je pour manger cette montagne de vivre ?" se demanda-t-il songeur. Il se décida pour une lichette de fromage d'abord, estimant qu'elle était tombée providentiellement pour mieux aiguiser son appétit.
Alors la trappe eut un déclic, qui le délivra du souci de tous ces vivres à avaler.

2. « "Va bene, mia moglie sarà la vacca che tu dici ;" rispose il bue all'indiscreto argomentare del cavallo "ma indubbiamente l'amicizia del toro mi fa onore". »

« D'accord, possible que ma femme soit la vache que tu dis – répondit le bœuf à l'argumentation indiscrète du cheval – mais il est hors de doute que l'amitié du taureau me fait honneur ».

3. « C'era luna grande ; e il cane dell'ortolano e il coniglio, divisi dal filo spinato, quietamente parlamentarono. Disse il coniglio : "Gli ortaggi tu non li mangi ; il padrone ti tratta a crusca e calci. La notte potresti serenamente dormire, lasciarmi un po' in pace tra le verdure e i meloni. Che tu mi faccia paura, non vuol dire che la tua sia migliore condizione della mia. Dovremmo riconoscerci fratelli". Il cane lo ascoltava, pigramente disteso, e il muso sulle zampe. E poi : "Quello che tu dici è vero ; ma per me non c'è niente che valga il gusto di farti paura". »

« La lune était pleine ; et le chien du maraîcher et le lapin, séparés par le fil barbelé, entrèrent calmement en pourparlers. Le lapin dit : "Les légumes, toi tu ne les manges pas ; le maître te traite avec gamelles de son et coups de pied. La nuit tu pourrais dormir en toute sérénité, me laisser un peu en paix parmi les verdures et les melons. Tu peux bien me faire peur, va, cela ne veut pas dire que ta condition soit meilleure que la mienne. Nous devrions nous tenir pour frères". Le chien l'écoutait, paresseusement allongé, et le museau sur les pattes. Et puis : "Ce que tu dis est vrai ; mais pour moi rien ne vaut le plaisir de te faire peur". »

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