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[Préhistoire intime | Sophie A. de Beaune]
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apo



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Posté: Lun 15 Mai 2023 21:50
MessageSujet du message: [Préhistoire intime | Sophie A. de Beaune]
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Les stéréotypes que nous partageons sur la préhistoire nous ont été véhiculés par l'archéologie et la paléoanthropologie nées au XIXe siècle, avec leurs propres projections des rôles genrés renforcées par l'absence des femmes exerçant ces disciplines, et souvent par un sentiment d'altérité par rapport à cette « proto-humanité ». Sophie Archambault de Beaune renverse doublement cette perspective : en étudiant les vestiges « infimes » de « l'intime », elle constate que, dans la période du Paléolithique supérieur (entre 40.000 et 10.000 ans avant notre ère) mais souvent même auparavant chez les Néandertaliens, Sapiens possédait des traits très semblables aux nôtres ; aptitudes cognitives comparables, présence de vêtements cousus et adaptés aux corps, pratiques funéraires, soins prodigués aux personnes physiquement diminuées, technicité dans les gestes précis nécessaires à la production des outils. Par conséquent, tout comme chez nous, les cultures s'étaient épanouies dans une grande diversité, qui rend peu plausibles les « grands systèmes », les généralisations sur les modes de vie à l'instar des théories d'Alain Testard. Si la division du travail et sa spécialisation sont attestées, comme le démontrent les marques squelettiques, il est peu crédible que nulle part les femmes n'aient pratiqué la chasse ni n'aient fabriqué d'outils... Les micro-traces content de micro-histoires différentes selon les sites. Le paysage qui se dégage du livre fait beaucoup plus de place que d'habitude aux femmes et aux enfants, aux corps, à leurs gestes et usages, mais la prudence s'impose sur l'interprétation des vestiges qui indiquent jusqu'aux sentiments qui paraissent les plus universels, tels l'amour maternel et la compassion. Du reste, même les inhumations des morts, longtemps prises pour l'emblème de l'accession à l'humanité, étaient sans doute des pratiques extrêmement minoritaires, concernant peut-être des individus spécifiques, et très diverses. On se gardera d'autant plus des « grandes interprétations » des statuettes très majoritairement féminines, aussi bien féministes (faisant suite à Marija Gimbutas) que celles de leurs détracteurs. C'est avec la même prudence que sont considérées, au cas par cas, les analogies venant des données ethnographiques venant des sociétés contemporaines de chasseurs-cueilleurs.
En conclusion, la réfutation des grandes généralités et la prudence méthodologique équivalent ici à la prise en compte des nuances, et non à l'impossibilité de s'exprimer sur un très vaste domaine de la vie quotidienne de nos aïeux : en effet les découvertes récentes et les nouveaux moyens techniques ont permis des avancées considérables dans l'interprétation de données archéologiques déjà relativement abondantes.



Table

Introduction

Qu'est-ce qu'un être humain ?
Comment est-on passé d'un forme préhumaine à une forme humaine ?
Une commune humanité

Chap. I. Sains de corps et d'esprit

Les anciens Homo sapiens nous ressemblaient-ils ?
De la fourrure aux vêtements
Portant parure
Corps malades, corps blessés, corps handicapés

Chap. II. Gestes et postures du corps

Les gestes techniques
Les postures du corps
Le corps en mouvement

Chap. III. Le corps au travail. Qui faisait quoi ?

Préjugés tenaces et comparatisme ethnographique
De l'origine de la diversification sexuelle des tâches
Des aires d'activité spécialisées dans l'habitat
Ce que révèle le mobilier d'accompagnement dans les tombes
Comment le travail marque le corps
Et que font les enfants ?

Chap. IV. Voir, entendre, sentir, toucher

Le toucher
La vue
L'ouïe
L'odorat
Le goût

Chap. V. Aimer, entourer, protéger

L'amour maternel
L'empathie et la compassion
L'attachement à des animaux

Chap. VI. Le corps mort

Quelle était l'espérance de vie ?
Controverses sur l'origine des pratiques funéraires
Quand Homo sapiens enterre ses morts
Fragments de corps, corps fragmenté

Chap. VII. L'image du corps

Des "Vénus" stéatopyges aux adolescentes prépubères
Une sous-représentation des hommes et des enfants
Le corps en morceaux
Scènes narratives ou hasard des superpositions ?

Conclusion



Cit. :


1. « Le problème que posent ces différentes interprétations est qu'elles sont fondées sur les présupposés […] concernant la distribution des tâches entre hommes et femmes dans les sociétés non industrielles. Or, on voit bien qu'une spécialisation de l'espace ne renvoie pas nécessairement à celle des occupants. De même, l'existence de niveaux de compétence différents, voire d'une standardisation de certains produits comme les lames, ne nous dit rien du sexe de leurs auteurs.
[…]
Les femmes sont encore considérées par de nombreux archéologues comme des utilisatrices d'outils en pierre taillée, et non comme des fabricantes ; et les tailleurs de pierre comme des pères apprenant la taille à leurs fils.
[…] Or les outils peuvent changer de main et de destination au cours de leur vie. Il en est vraisemblablement ainsi des galets portant de nombreuses traces d'usage différentes qui ont servi de percuteurs, de broyeurs, de tout autre chose, selon les moments. […]
[…] Nos schémas actuels de spécialisation, qui se voudraient le reflet de la division sociale, voire sexuelle, du travail, sont certainement bien simplistes par rapport à la complexité du réel. Les préhistoriens ont en effet un peu trop tendance à réfléchir sur des modèles théoriques selon lesquels à une fonction donnée correspondrait un type d'outil particulier et un ouvrier spécifique. » (pp. 125-127)

2. « On trouve aussi dans certains sites préhistoriques, à partir du Paléolithique moyen, ce que l'on a appelé des 'curiosa'. Ce sont des objets naturels de forme curieuse ramassés par l'homme qui n'ont manifestement aucun usage, tels que des coquillages ou des dents fossiles, des fragments de cristal de quartz ou de calcite, des pyrites. Ils ont généralement été vus comme les premiers témoins du sens de l'esthétique chez les Néandertaliens pour les plus anciens d'entre eux ou bien comme des vestiges de possibles activités rituelles ou d'ordre symbolique. Michelle Langley et Mirani Litster avancent l'hypothèse originale qu'il pourrait s'agir de témoins d'activités ludiques qu'il faudrait attribuer aux enfants, à l'instar des coquillages ou galets joliment colorés que les enfants occidentaux ramassent sur les plages et collectionnent volontiers. […]
La tendance qui consiste à attribuer systématiquement ce qu'on ne comprend pas à des pratiques rituelles avait été dénoncée en son temps par André Leroi-Gourhan. Quant à l'interprétation "symbolique" à laquelle les préhistoriens ont trop facilement recours pour expliquer ce qui ne semble pas relever du registre de l'utilitaire ou ce qu'ils ne comprennent pas, nous avons montré ailleurs combien elle semble un peu courte. » (pp. 151-152)

3. « Reste cependant un domaine qui paraît bien spécifique à l'homme moderne, et qui ne semble faire son apparition que récemment – il y a quelques dizaines de milliers d'années tout au plus –, c'est l'aptitude à figurer le monde. Que ce soit en Europe ou en Indonésie, les plus anciennes représentations figuratives n'excèdent pas 45.000 ans. Pourquoi l'homme n'a-t-il pas laissé de peintures ou de gravures figuratives plus anciennes ? On peut faire l'hypothèse qu'il n'en avait pas la capacité cognitive auparavant, mais cela paraît douteux puisque son architecture cérébrale était déjà en place depuis au moins 100.000 ans, voire davantage. Du reste, des préoccupations d'ordre esthétique semblent bien plus anciennes que l'apparition d'Homo sapiens. Autre hypothèse, il a effectivement peint ou gravé sur des parois rocheuses ou des supports périssables qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous pour des raisons de conservation. C'est tout à fait envisageable et l'avenir dira ce qu'il en est. […] Dernière hypothèse, les hommes et les femmes n'avaient tout simplement pas eu l'idée de représenter ce qu'ils voyaient dans leur environnement – après tout il existe des sociétés qui ne connaissent qu'un art schématique ou abstrait, voire pas d'art du tout. » (p. 283)

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