Cadix, à une époque indéterminée, voit passer (et repasser, repasser encore) une comète étrangement réceptive aux réactions des habitants, ce qui plonge toute la ville dans la crainte. Bien vite, la catastrophe redoutée a lieu : la peste se répand à Cadix, orchestré par un homme allégorique et sa secrétaire qui tue instantanément les habitants en les rayant d'un trait de plume dans son cahier.
Or Diego comptait épouser Victoria, la fille du juge cruel Casado et ce fléau interroge sa peur, sa capacité à surmonter la tentation de capituler, tandis que ses concitoyens se découragent et se laissent enfermer et décimer.
Je ne suis pas surprise des images entourant la mer, la plage, la nature : quand on a lu
Noces, on reste dans une imagerie connue, mais ce qui est nouveau, c'est que ce sont des chœurs lyriques qui les déclament.
Il me semble, quand je regarde la genèse de cette pièce qu'elle aurait dû être cosignée par Jean-Louis Barrault, tant le travail de théorie du théâtre de l'absurde, celle du "théâtre total", ont été pensés en amont, bien avant l'écriture de la pièce elle-même. Elle devait être une adaptation du roman
La Peste, mais Camus n'était pas intéressé, il voulait faire vraiment autre chose. Selon moi, arbitrairement, car en dehors de la scène de la nage dans la mer, ce roman m'a ennuyée, il a bien fait, il a mieux fait.
J'ai eu du mal à situer Nada ; son nihilisme permet à Camus d'affirmer la part de stérilité qu'il y a dans le totalitarisme. Les étapes de l'asservissement et ses moyens sont intéressants et complètent effectivement bien la lecture du
Discours de la servitude volontaire de La Boétie.
J'ai quand même mis une centaine de pages à accrocher ; la découverte du moyen de désamorcer la peste et sa secrétaire a été le souffle que j'attendais pour respirer. Le numéro à la Caligula que les allégories jouaient me laissait et j'avais hâte de les voir un peu inquiètes.
L'essentialisation des genres, qui accompagne d'ailleurs la séparation voulue par la Peste, des hommes et des femmes, accompagnée d'une représentation un peu restrictive de l'intérêt des femmes (amour, sexualité, enfantement) sont un peu datées désormais.
Citations :
Ils s'exécutent, ils s'occupent, ils se concentrent.
Ça t'humilie, donc c'est bon.
Ce n'est pas un hasard, femme. Il s'agit ici de faire en sorte que personne ne se comprenne, tout en parlant la même langue. Et je puis bien te dire que nous approchons de l'instant parfait où tout le monde parlera sans jamais trouver d'écho, et où les deux langages qui s'affrontent (...) se détruiront (...), il faudra bien que tout s'achemine vers l'accomplissement dernier qui est le silence et la mort.
Si le crime devient la loi, il cesse d'être un crime.
Oui ! j'ai bien compris votre système. Vous leur avez donné la douleur de la faim et des séparations pour les distraire de leur révolte. Vous les épuisez, vous dévorez leur temps et leurs forces pour qu'ils n'aient ni le loisir ni l'élan de la fureur ! Ils piétinent, soyez contents ! Ils sont seuls malgré leur masse, comme je suis seul aussi. Chacun de nous est seul à cause de la lâcheté des autres.
Il a toujours suffi qu'un homme surmonte sa peur et se révolte pour que leur machine commence à grincer (...) et quelquefois, elle finit vraiment par se gripper.
Le plus grand [des crimes des habitants de Cadix] aura toujours une excuse. Mais je ne trouve pas d'excuses au crime que de tous temps l'on a commis contre eux et que pour finir tu as eu l'idée de codifier dans le sale ordre qui est le tien.
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