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Les notes de lectures recherchées

5 livres correspondent à cette oeuvre.

Il y a actuellement 2 notes de lecture correspondant à cette oeuvre (voir ci-dessous).

Notation moyenne de ce livre : (2 livres correspondant à cette oeuvre ont été notés)

Mots-clés associés à cette oeuvre : amour, deportation, foi, spiritualite, spititualite

[Une vie bouleversée | Etty Hillesum, Philippe Noble]
Auteur    Message
Mariecesttout



Sexe: Sexe: Féminin
Inscrit le: 18 Aoû 2007
Messages: 149

Posté: Mar 05 Nov 2013 0:37
MessageSujet du message: [Une vie bouleversée | Etty Hillesum, Philippe Noble]
Commentaires : 1 >>

Ce livre document est divisé en deux parties dont la plus longue est le Journal d’Etty Hillesum, de 1941 à 1943, intitulé Une vie bouleversée. Journal d’une jeune femme libre, aimant la vie et ses plaisirs , très sujette à l’introspection et à la réflexion ( aidée en cela par Julius Spier, son amant et une sorte de guide spirituel. C’est lui qui fit relire à cette jeune Juive la Bible et lui fit connaître saint Augustin. )

Réflexion sur elle-même mais aussi bien sûr réflexion très lucide sur la souffrance de l’humanité ,qui n’a rien d’abstraite pour elle car , en tant que juive, elle va vivre au jour le jour les différentes et progressives brimades, et la fin programmée ( elle en est très vite consciente, contrairement à beaucoup) de son « peuple ».

Je dis que « je me suis expliquée avec la « Souffrance de l’Humanité » ( ces grands mots me font toujours grincer des dents) mais ce n’est pas tout à fait juste. Je me sens plutôt comme un petit champ de bataille où se vident les querelles, les questions posées par notre époque. Tout ce qu’on peut faire ,c’est de rester humblement disponible pour que l’époque fasse de vous un champ de bataille. Ces questions doivent trouver un champ clos où s’affronter, un lieu où s’apaiser, et nous, pauvres hommes, nous devons leur ouvrir notre espace intérieur et ne pas les fuir.

Ce Journal est destiné ( comme tous les journaux intimes, mais il prend bien sûr ici une autre résonance du fait des évènements historiques et de la précision de l’analyse personnelle ) à mettre en mots ce qu’Etty Hillesum appelle une petite mélodie personnelle.

J’ai en moi une petite mélodie personnelle qui a parfois terriblement envie d’être convertie en paroles personnelles….Je voudrais parfois me réfugier avec tout ce qui vit en moi dans quelques mots, trouver pour tout un gîte pour quelques mots. Mais je n’ai pas encore trouvé les mots qui voudront bien m’héberger. C’est bien cela. Je suis à la recherche d’un abri pour moi-même, et la maison qui me l’offrira, je devrai la bâtir pierre par pierre. Ainsi chacun se cherche-t-il une maison, un refuge. Et moi je cherche toujours quelques mots.
J’ai parfois le sentiment que le grand malentendu s’accroit à chaque parole prononcée, à chaque geste. Je voudrais m’immerger dans un grand silence et imposer ce silence à tous les autres. Oui, il est des moments où chaque mot accroît le malentendu ,sur cette terre trop agitée.

Ce que l’on remarque à la lecture d’Etty Hillesum, c’est bien sûr ce don d’observation, de mise à distance de la réaction immédiate qui est le fait de ces rares individus passionnés par l’ humain, qui parviennent à ne jamais- quelque soient les circonstances - juger en fonction de critères simplistes…Cela force bien sûr l’admiration, mais permet peut être aussi de comprendre sa résistance à tous moments, et c’est cette résistance personnelle qui lui a permis d’aider tous ceux qu’elle a pu aider ( tous les témoignages de personnes l’ayant connue témoignent d’un être rayonnant ..)

L’homme forge son destin de l’intérieur, voilà une affirmation bien téméraire. En revanche, l’homme est capable de choisir l’accueil qu’il fera lui-même à ce destin. On ne connaît pas la vie de quelque un si l’on n’en sait que les évènements extérieurs. Pour connaître la vie de quelque un il faut connaître ses rêves, ses rapports avec ses parents, ses états d’âmes, ses désillusions, sa maladie et sa mort

C’est ainsi qu’après un interrogatoire dans les locaux de la Gestapo, elle note:

En fait, je n’ai pas peur. Pourtant je ne suis pas brave , mais j’ai le sentiment de toujours avoir à faire et la volonté de comprendre autant que je le pourrai le comportement de tout un chacun. C’était cela qui donnait à cette matinée sa valeur historique: non pas de subir les rugissements d’un misérable gestapiste, mais bien d’avoir pitié de lui au lieu de m’en indigner, et d’avoir envie de lui demander: « as-tu donc eu une enfance malheureuse, ou bien est ce que ta fiancée est partie avec un autre? »Il avait l‘air tourmenté et traqué, mais aussi, je dois le dire, très désagréable et très mou.…
J’aurais voulu commencer tout de suite un traitement psychologique sachant parfaitement que ces garçons sont à plaindre tant qu’ils ne peuvent faire de mal, mais terriblement dangereux, et à éliminer, quand on les lâche comme des fauves sur l’humanité. Ce qui est criminel, c’est le système qui utilise des types comme cela.
Autre leçon de cette matinée: la sensation nette qu'en dépit de toutes les souffrances infligées et toutes les injustices commises, je ne parviens pas à haïr les hommes. Et que toutes les horreurs et les atrocités perpétuées ne constituent pas une menace mystérieuse et lointaine,extérieure à nous, mais qu'elles sont toutes proches de nous et émanent de nous-mêmes, êtres humains. Elles me sont ainsi plus familières et moins effrayantes. L'effrayant c'est que les systèmes, en se développant, dépassent les hommes et les enserrent dans leurs poigne satanique, leurs auteurs aussi bien que leurs victimes , de même que de grands édifices ou des tours, pourtant bâtis par la main de l'homme, s'élèvent au dessus de nous, nous dominent et peuvent s'écrouler sur nous et nous ensevelir.

Et c’est toujours cette faculté d’essayer d’aller dénicher chez l’autre les raisons de son comportement, cette curiosité incessante pour la chose humaine qui est prodigieuse chez cette très jeune femme, et crée la différences avec d’autres récits.

Et toujours, pourtant, ce sentiment: la vie est si « intéressante » à travers toutes ses épreuves. Une observation détachée, presque démoniaque des évènements reprend toujours le dessus chez moi. Une volonté de voir, d’entendre, d’être là, d’arracher tous ses secrets à la vie, d’observer froidement l’expression des visages humains jusque dans leurs derniers spasmes. Le courage aussi de se retrouver face à soi-même et de tirer beaucoup d’enseignements du spectacle de son âme au milieu des troubles de l’époque. Et, plus tard, trouver les mots pour dire tout cela..

C’est ,je crois, cette capacité d’observation, de synthèse immédiate intellectuelle, avec mise en pratique en actes ( c’est beaucoup moins courant…) beaucoup plus que la dimension un peu mystique de certains écrits qui m’ont interpellée. Car si Etty Hillesum croit à un Dieu, et qu’elle lui parle d’ailleurs, c’est plus à un Dieu qui est en l’homme qu’à une image vraiment religieuse. Ce n’est que par la force du raisonnement qu’elle en arrive aux principes fondateurs d’une religion.

Cette haine ne nous mènera à rien, Klaas; la réalité est bien différente de ce que nous pouvons voir à travers de nos schémas préétablis….
( Ici, elle parle d’un membre de l’administration juive du camp, brillant juriste ) A le voir évoluer parmi les gens, la tête haute, le regard dominateur , la pipe rivée aux lèvres, je me disais toujours: il ne lui manque qu’un fouet dans les mains, ça lui irait parfaitement. Pourtant, je ne le détestais pas, il m’intéressait trop pour cela . Par moments, il me faisait à vrai dire terriblement pitié….Tu vois, Klaas, c’est ainsi: il débordait de haine pour ceux que nous pourrions appeler nos bourreaux, mais lui- même eut fait un parfait bourreau et un persécuteur modèle. Et pourtant il me fait pitié. Y comprends-tu quelque chose? …
Mais ce que je voulais dire, Klaas, c’est ceci : nous avons tant à changer en nous-mêmes que nous ne devrions même pas nous préoccuper de haïr ceux que nous appelons nos ennemis. Et je n’épuise pas non plus la question en disant que chez les nôtres aussi il y a des des bourreaux et des méchantes gens. A vrai dire, je ne crois pas du tout à cette prétendue « méchanceté ».J’aimerais toucher cet homme dans ses angoisses , en rechercher l’origine et entreprendre sur lui une sorte de battue, le rabattre vers ses propres domaines intérieurs- c’est tout ce que nous pouvons faire pour lui, Klaas, en un temps comme le nôtre….

Et je répétai une fois encore, avec ma passion de toujours ( même si je commençais à me trouver ennuyeuse à force d’aboutir toujours aux mêmes conclusions): » C’est la seule solution, vraiment la seule, Klaas, je ne vois pas d’autre issue: que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend encore plus inhospitalier qu’il n’est déjà. »
Et Klaas, le vieux partisan, le vétéran de la lutte des classes dit, entre l’étonnement et la consternation: « Mais..mais ce serait un retour au christianisme! »Et moi, amusée de tant d’embarras, je repris sans m’émouvoir: « Mais oui, le christianisme, pourquoi pas?


Suivent ce journal les lettres envoyées du camp de Westerbork. Ici, l’on pourrait écrire des contes. La détresse, ici, a si largement dépassé les bornes de la réalité courante qu’elle en devient irréelle..Camp d’où elle partira ,elle sait comment, pour où et pour quel destin. Avec ses parents et un de ses frères.

Jamais dans ces lettres elle ne se permettra le moindre laisser- aller, la moindre plainte , si ce n’est pour constater qu’il lui est plus difficile de supporter la souffrance de ses proches, que la sienne..
Et jamais la moindre révolte..

Mais la révolte qui attend pour naître le moment où le malheur nous atteint personnellement n’a rien d’authentique et ne portera jamais de fruits…Et l’absence de haine n’implique pas nécessairement l’absence d’une élémentaire indignation morale.
Je sais que ceux qui haïssent ont à cela de bonnes raisons. Mais pourquoi devrions nous choisir la voie la plus facile, la plus rebattue?


Et ceci dans une des dernières lettres…qui est une sorte de conclusion de ce livre, démontrant qu’elle a fait le tour des choses et que ce qu’elle écrit est mûrement réfléchi:

Les gens ne veulent pas l’admettre: un moment vient où l’on ne peut plus "agir", il faut se contenter d'"être" et d’accepter. Et cette acceptation, je la cultive depuis bien longtemps…
On me dit parfois: " Oui, mais tu vois toujours le bon côté des choses. » Quelle platitude! Tout est parfaitement bon. Et en même temps parfaitement mauvais. Les deux faces des choses s’équilibrent, partout et toujours. Je n’ai jamais eu l’impression de devoir me forcer à en voir le bon côté, tout est parfaitement bon, tel quel. Toute situation, si déplorable soit-elle, est un absolu et réunit en soi le bon et le mauvais."


Tout est dit…

Etty Hillesum est morte à Auschwitz le 30 novembre 1943. Elle avait 27 ans.
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[Une vie bouleversée | Etty HILLESUM]
Auteur    Message
Carson



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Localisation: Toulon

Posté: Lun 29 Oct 2007 19:00
MessageSujet du message: [Une vie bouleversée | Etty HILLESUM]
Commentaires : 0 >>

Elle s'appelait Etty.Elle est morte à 29 ans à Auschwitz et a écrit un journal d'une densité extraordinaire mais d'une joie miraculeuse. A tout jamais,elle nous reste une amie fidèle.
" Intégrer la mort c'est élargir la vie. "
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